Pier Francesco Mola (Coldrerio, 9 février 1612 – Rome, 13 mai 1666), atelier de, Repos pendant la fuite en Égypte
Description:
Pier Francesco Mola (Coldrerio, 9 février 1612 – Rome, 13 mai 1666), atelier de
Repos pendant la fuite en Égypte
Huile sur toile, 30,5 x 46,5 cm
Inscription au verso du châssis « By F. Mola »
Cette composition raffinée à l'huile sur toile, produite au sein de l'atelier de Pier Francesco Mola, transpose le thème sacré du Repos pendant la fuite en Égypte dans une dimension de sérénité pastorale idyllique. La scène, intime et recueillie, montre la Vierge Marie assise sur un rocher tout en allaitant l'Enfant d'un geste de profonde tendresse ; à ses côtés, la présence d'une cruche et d'un paquet rappelle la dimension quotidienne et humble du voyage. Saint Joseph, saisi dans un moment de quiétude, s'appuie sur le sol rocheux, portant son regard vers un petit nuage d'où émergent trois chérubins, unique élément reliant la scène terrestre au plan divin. Au second plan, un âne broute parmi le feuillage, tandis que le paysage s'ouvre sur des collines bleutées et des montagnes lointaines, suggérant une profondeur atmosphérique qui enveloppe les figures.
Pier Francesco Mola, né à Coldrerio en 1612 et formé principalement à Rome, fut un protagoniste du XVIIe siècle, capable de fusionner le classicisme bolonais d'Albani et Guercino avec la richesse chromatique d'inspiration vénitienne observée dans les œuvres de Titien et des Bassano. Sa capacité à créer des paysages avec des figures le rendit célèbre auprès de l'aristocratie romaine, car ses œuvres n'étaient pas de simples illustrations bibliques, mais des réflexions poétiques sur la relation entre l'homme et l'environnement. Le tableau en question reflète parfaitement cette poétique, et son existence se justifie au sein de l'organisation complexe des ateliers de l'époque. Le prototype autographe de cette composition, aujourd'hui exposé à la National Gallery de Londres, servait de modèle de référence que le maître mettait à la disposition de ses collaborateurs pour satisfaire une demande de marché toujours croissante. La création de plusieurs versions de la même œuvre était en effet une pratique courante : elle permettait d'offrir des peintures de qualité à des prix variés et servait au même temps d'exercice pédagogique pour les élèves, qui apprenaient le métier en copiant les inventions du maître. La qualité de cette version d'atelier ressort avec force si on la compare à d'autres chefs-d'œuvre muséalisés de Mola, où le dialogue entre figure et paysage suit des schémas analogues. Dans le Saint Jérôme en méditation conservé au Palais Pitti, on retrouve la même sensibilité dans le rendu des rochers et de la végétation, frappés par une lumière vibrante qui définit les volumes de manière presque tactile. Une comparaison aussi significative est celle avec le Christ et la Samaritaine au puits du Bristol Museum and Art Gallery, où la disposition monumentale mais recueillie des protagonistes et la touche chromatique chaude rappellent directement l'harmonie du Repos ici analysé. Enfin, la capacité à intégrer le récit sacré dans un horizon vaste et suggestif se retrouve dans Le Prophète Élisée et la femme de Shunem du Ringling Museum en Floride, œuvre où la nature cesse d'être un simple décor pour devenir partie prenante de l'état d'âme des personnages. En définitive, cette toile représente un chapitre significatif de la diffusion du style de Mola, témoignant de la manière dont sa vision du paysage archaïque avait trouvé un terrain fertile auprès d'une cohorte de collaborateurs capables de reproduire ce sentiment de silence sacré et de beauté naturelle qui constitue le plus haut trait distinctif du peintre, faisant de cette petite scène un témoignage précieux du collectionnisme et de la dévotion du XVIIe siècle.